lundi 5 juin 2017

Jean-François Duval dans «Le Temps»

Bel article de Jean-Bernard Vuillème sur mon nouveau livre «Bref aperçu des âges de la vie» dans les pages littéraires du quotidien suisse « Le Temps » :



samedi 20 mai 2017

Excellent papier !


Mon « BREF APERÇU DES ÂGES DE LA VIE » (Michalon, mai 2017) fait l'objet d'un excellent papier de Jean-Michel Olivier (prix Interallié 2010 pour son roman «L'Amour nègre») qu'il publie sur son blog littéraire http://jmolivier.blog.tdg.ch 
On peut le lire ci-dessous :
(Je n'apporterai qu'une seule précision pour éviter toute ambiguïté : certes né dans la ville de Calvin (où ma famille a filé en 1555, s'exilant de Rouen et de la France à l'époque du Premier Refuge), je ne porte du protestantisme que l'étiquette... Chacun de nous, selon moi, ne formant rien de plus qu'une «boule de croyances» (ce qui est dit et réaffirmé dans «Bref aperçu des âges de la vie»).
J.-F. Duval. D.R.


La route et le jardin (Jean-François Duval)

par Jean-Michel Olivier

   Il y a plus de trente ans que Jean-François Duval (né à Genève en 1947) est sur la route. La route accidentée et fraternelle de Kerouac, sur qui il a beaucoup écrit. La route de Bukowski, également, qu'il a longtemps fréquenté. Il fait partie de la génération des Beats pour qui le monde est un jardin toujours à découvrir, toujours à explorer. 
   Cette route et ce jardin, on les retrouve dans le dernier livre de Jean-François Duval, Bref aperçu des âges de la vie*, qui est à la fois une philosophie de la sagesse (un pléonasme ?) et une leçon de vie. Ce n'est pas un hasard, d'ailleurs, si le récit de Duval est préfacé par le philosophe Alexandre Jollien, qui trouve dans l'auteur un complice et un frère en pérégrinations.
   Quelle route et quel jardin ? 
   Bien qu'il s'y réfère rarement, Duval, en bon écrivain protestant, est marqué dans sa chair par les paraboles bibliques. La vie est un chemin, dit l'Évangile, une route même, et Duval l'a arpentée dans tous les sens.
   Arrivé près du terme du voyage, il se retourne, jette un regard rétrospectif (et amusé) sur sa vie et essaie de comprendre chacune des étapes de son parcours. Il passe ainsi au crible les âges de la vie, de l'enfance impatiente (l'enfant passe son temps à courir, puis on lui ordonne de s'asseoir !), à l'âge d'exister (où se posent les grandes questions de l'identité et de notre place dans le monde), jusqu'à cette interrogation finale et essentielle : comment mourir ?
   Dans une suite de textes brefs et intenses, qui montrent l'étendue de sa palette (journalistique et philosophique), Duval nous livre beaucoup de lui-même. Bien sûr, en le lisant, on pense à Sénèque (De la brièveté de la vie), à Montaigne, à Amiel, mais Duval y ajoute constamment son grain de sel et fait de son récit une sorte de guide de voyage qui aide à affronter le tragique de l'existence. Chacun va son chemin, mais le chemin de chacun est unique. Celui de Duval est fait de rencontres, de surprises (bonnes et mauvaises), de voyages, de lectures, de découvertes, de réflexions sur la condition de l'homme — ce passant égaré sur la terre.
   Et le jardin ? 
   Il y en a plusieurs dans le livre de Duval. Ils sont tous merveilleux et évoquent avec beaucoup de poésie la dernière escale, juste avant (ou juste après) le grand saut. C'est là que l'écrivain, certaines nuits, retrouve en rêve le fantôme de son père, à qui il a l'impression d'« avoir tout dit » (mais a-t-on jamais tout dit à son père ?) C'est aussi la nature où s'ébroue son chien, rendu fou par les premiers rayons de soleil du printemps. C'est le fantasme d'être réincarné en écureuil, en crocodile ou en serpent (version zen). C'est enfin le jardin, pas forcément paradisiaque, qui attend l'écrivain (et chacun de ses lecteurs) dans l'après-vie, une fois arrivé au bout de la route. 
   Le récit de Duval s'achève sur l'évocation d'un clochard rencontré à Genève (frère des clochards sublimes de Bukowski) qui a élu domicile dans une cabane à la lisière d'un bois. Quand l'écrivain veut le revoir, catastrophe : la cabane est partie en cendres. Et son locataire est au paradis des clochards. Sans doute dans un jardin plus vaste où il n'a pas à quémander sa nourriture pour survivre…
   Le narrateur poursuit sa promenade : il n'est pas encore arrivé au terme du voyage.
                                                                       
* Jean-François Duval, Bref aperçu des âges de la vie, récit, Michalon, 2017.





mardi 9 mai 2017

Jean-François Duval avec Marie Céhère

   Qui ne voudrait se voir consacrer un article par Marie Céhère ? Mon nouveau livre, Bref aperçu des âges de la vie, a ce joli privilège. Photo : l’auteur avec la chroniqueuse de Causeur.




 La jeunesse, l’âge adulte, la vieillesse – voire, la mort. Tel est le découpage du nouvel essai de Jean-François Duval, genevois, pape européen de la Beat Generation, interviewer de Bukowski et des autres, et éminent amateur de pommes de terre frites, Bref aperçu des âges de la vie. Je croyais ne rien apprendre. J’y ai découvert ce que je n’attendais pas.

   1. Qu’il vaut mieux dire la fin des choses avec poésie que sans poésie, ou ne pas la dire du tout. Il en va ainsi de l’expression « prendre sa retraite », qui évoque à tort un épisode douloureux de la campagne de Russie, et que l’on devrait rebaptiser « prendre le large », « larguer les amarres » ou encore « envoyer balader la bande d’abrutis avec laquelle je ne partagerai plus la pause café ».
  
   La première chose dont Jean-François Duval acte la fin, la fin définitive, c’est cette période magique de la petite enfance où nous ne pouvons nous déplacer autrement qu’en courant – et en chutant avec panache. Lorsque nous adoptons le pas lent des grandes personnes, c’en est fini. Nous sommes bons pour ne plus courir qu’après les bus et les années.

   2. Que l’indépendance est d’abord un goût : framboise, pistache, noisette, citron, dans un cône glacé. Godard affirme que les deux âges les plus réels de la vie sont la jeunesse et la vieillesse. Le reste est superficiel, du temps pressé comme un agrume, gâché.

   3. Que nous sommes les semblables des saumons, tout en nous ignorant les uns les autres : nous évoluons par mutations, par ruptures successives, suivant un trajet étrange, incroyablement ardu, pour revenir au point de départ. En y faisant bien attention, il n’est même pas nécessaire de mourir pour se réincarner.

    4. Qu’on ne cesse jamais de faire de l’auto-stop, même si l’époque en est révolue, même si l’on n’en a aucune envie. L’auteur s’y est essayé, la soixantaine passée : « J’avais autant de chance qu’une jeune fille en mini short. » Peut-être même plus, parce qu’il est ressorti vivant du charitable véhicule. L’auto-stop, si l’on a de la chance, fait battre le cœur aussi fort que lors d’un slow avec un(e) inconnu(e).

    5. Que les chiens ont toujours quelque chose de passionnant à nous apprendre. « Ce qui justifie l’âge adulte, c’est l’esprit d’entreprise ». En l’occurrence, Duval entreprend d’enseigner le français à son chien, pour lui expliquer qu’il n’y a rien à craindre du tonnerre et qu’il faut être poli avec les chats. D’ailleurs, si l’on veut savoir vraiment comment on se porte, il suffit de se demander, avant de s’endormir, si l’on a vraiment hâte d’être au lendemain. D’ouvrir le journal comme le chien renifle la pelouse encore humide de rosée. Bref, si l’on a hâte de mourir. Une attitude très saine.

    6. Que « le vertige est ce qu’il y a de plus assuré ». Dans la vie comme dans la pratique de l’escalade.

    7. Qu’avoir honte de son attachement aux objets, si celui-ci persiste au-delà de l’âge de quatre ans, est une idée aussi démodée que la philosophie de Sartre.

    8. Que piloter une tondeuse ou manier un sécateur électrique n’a aucun rapport avec l’injonction voltairienne de cultiver son jardin.

    9. Que lorsqu’un œuf nous échappe des mains, il est beaucoup plus rassurant de le voir s’écraser au sol que rebondir sous son nez. Les faits, en général, même s’ils nous obligent à passer la serpillère, sont irremplaçables.

   10. Que le Madison ne s’est jamais démodé, et ne se démodera jamais. Il est déjà trop vieux pour ça.

   11. Que « la mémoire est un plat de spaghettis à démêler tôt et à consommer chaud », d’où l’importance de connaître et reconnaître comme tel le « meilleur chanteur italien de tous les temps », Peppino di Capri.

    12. Que les filles au teint de pêche sont une espèce en voie de disparition, dévorées par les filles au teint de peche, de peiche, de paiche, etc.

    13. Un avantage de la vieillesse : ne pas envier Alain Delon, ni personne d’autre, lorsqu’il déclare dans les journaux « j’ai tout eu » : on peut toujours lui rétorquer « moi, j’ai tout été ».

   14. Que le fin mot de l’histoire nous revient toujours. Mais qu’être réincarné en écureuil peut être une perspective réjouissante.

   15. Que ce Bref aperçu contient plus de sagesse et de drôlerie que bien des livres et des discours se voulant sages et drôles.

Marie Céhère


Jean-François Duval, Bref aperçu des âges de la vie. Paris, Michalon, 238 pages. En librairie.

mercredi 3 mai 2017

Echos de presse

L'auteur vous le dit, ça fait tout simplement plaisir:

A propos de «Bref aperçu des âges de la vie» dans Philosophie Magazine (Paris), et dans le Matin Dimanche (Lausanne) :

(Bukowski: «Rien de mal avec les illusions tant qu'elles durent» (à l'auteur en 1986).



mercredi 12 avril 2017

Alexandre Jollien sur mon «Bref aperçu des âges de la vie»


Mon nouveau livre



« BREF APERÇU DES ÂGES DE LA VIE »EST EN LIBRAIRIE DES LE 10 AVRIL 2017

Rien, absolument rien n'empêche de courir l'acheter ou de le commander sur le Net.

Voici ce qu'en dit l'ami Jollien (extrait de sa préface)  : 





jeudi 30 mars 2017

Bukowski poète, les jumeaux

les jumeaux

il lançait par moments l’allusion que j’étais un bâtard et je lui disais d’écouter
Brahms, je lui disais d’apprendre à peindre et à boire et à ne pas être
dominé par les femmes et les dollars.
mais il me criait, Bon Dieu de Bon Dieu rappelle-toi ta mère,
rappelle-toi ton pays,
tu nous tueras tous !...

je me déplace dans la maison de mon père (pour laquelle il devait 8000 dollars après 20 ans dans le même boulot) et regarde ses chaussures mortes
la façon dont ses pieds bosselaient le cuir, comme s’il plantait des roses avec colère, ce qu’il faisait, et je regarde sa cigarette éteinte, sa dernière cigarette
et le dernier lit où il a dormi cette nuit-là, je sens que je devrais le retaper
mais j’peux pas, car un père est toujours votre maître même quand il a disparu ; je suppose que ces choses-là sont arrivées des tas de fois mais j’peux pas m’empêcher de penser

                          que mourir sur le sol d’une cuisine à 7 heures du matin
                          pendant que d’autres gens se font frire des œufs
                          n’est pas si dur
                          sauf si ça vous arrive.

je sors et cueille une orange dont je pèle l’écorce brillante ; les choses sont encore vivantes : l’herbe pousse assez bien,
le soleil darde ses rayons qu’encercle un satellite russe,
un chien aboie dans le vide quelque part, les voisins épient derrière les stores. Je suis un étranger ici, et en ai été (je suppose) un peu la fripouille
je ne doute pas qu’il m’ait peint assez bien (le vieux et moi on se battait comme des pumas) on dit qu’il a tout laissé à une femme à Duarte mais je m’en fiche complètement – elle peut tout garder : c’était mon
vieux.

                  et il est mort.

à l’intérieur, j’essaie un costume bleu clair
bien mieux que tous ceux que j’aie jamais portés
puis je bats des bras comme un épouvantail en plein vent
mais peine perdue :
je ne peux pas le maintenir en vie
malgré le degré de haine qu’on avait l’un pour l’autre.

on se ressemblait comme deux gouttes d’eau, on aurait pu être jumeaux
le vieux et moi : c’est ce que tout le monde
disait. il avait ses bulbes sur le tamis
prêts à être plantés
pendant que j’étais couché avec une pute de la 3ème rue.

très bien. accordez nous cet instant : planté devant une glace
dans le costume de mon père mort
attendant moi aussi
de mourir.

Copyright Yves Sarda pour la traduction française


lundi 20 février 2017

Bukowski poète, petit poème

petit poème


petit soleil petite lune petit chien
petit peu à manger petit peu à aimer
petit peu à vivre

dans une petite pièce
remplie de petites
souris
qui rongent et dansent et courent quand je dors
attendant une petite mort
au milieu d’un petit matin

dans une petite ville
dans un petit état
ma petite mère morte
mon petit père mort
dans un petit cimetière quelque part.

je n’ai qu’un
petit peu de temps
pour vous dire ceci :

attention à
la petite mort quand elle arrive en courant

mais comme tous les milliards de petites morts
elle signifiera en fin de compte tout et rien

toutes vos petites larmes brûlant comme la colombe,
en vain.

*

la vraie
solitude
ne se
limite pas
nécessairement à
quand
on est
seul.


Copyright Yves Sarda pour la traduction française