jeudi 17 août 2017

TRUMP réfléchit: sauver le shérif ARPAIO ?

DONALD TRUMP n'en manque pas une ! Après ses ahurissantes déclarations sur la tragédie de Charlottesville, il va se rendre à Phoenix, annonçant par un Tweet qu'il réfléchit «sérieusement» à accorder le pardon présidentiel à l'ex-shérif Joseph Arpaio, condamné ce 31 juillet 2017 pour n'avoir pas mis un terme, en 2011, à ses patrouilles de volontaires anti-immigrants. Je me souviens du reportage surréaliste, texte et photos, que j'avais jadis fait sur lui, alors que j'étais de passage en Arizona.








mercredi 16 août 2017

ELVIS PRESLEY selon GREIL MARCUS

Elvis PRESLEY. Tout ce qu'il faut savoir sur la façon dont il a changé le monde. Rencontre avec Greil Marcus au Chelsea Hotel, New York, qui me disait déjà tout sur l'impact musical et sociologique de Presley, 25 ans après sa mort .



mardi 15 août 2017

Elvis Presley, naissance du rock ?

ELVIS PRESLEY est mort il y a 40 ans, en 1977, dix ans tout juste après le Summer of Love. S'il n'a pas inventé le rock'n'roll, il en a fait l'instrument d'une révolution sociale. En 1967 aussi, avec leur album St Pepper Lonely Hearts Club Band, les Beatles témoignaient à quel point la musique pouvait anticiper et révéler les mutations et bouleversements sociaux. Retour sur un phénomène.


lundi 14 août 2017

Nick TOSCHES & Rock'n'roll

NICK TOSCHES & LE ROCK'N'ROLL 

Sur les photos de lui publiées par les éd. Allia (telle la couverture de ses «Confessions d'un chasseur d'opium»), Nick Tosches apparaît toujours la mine sombre, presque dangereuse. Or, que personne n'en doute, il sait sourire, et d'un sourire tout à fait craquant ! A preuve cette photo que j'ai prise de lui par un bel après midi new yorkais, dans son quartier natif de Little Italy. Un plaisir d'échanger avec lui sur l'histoire du rock'n'roll, dont il est l'un des meilleurs spécialistes avec Greil Marcus et Peter Guralnick. Indispensables, ses ouvrages «Héros oubliés du rock'n'roll: les années sauvages du rock avant Elvis», et «Country: les racines tordues du rock'n'roll», tous deux traduits et publiés chez Allia.








lundi 3 juillet 2017

« La Fée valse » de Jean-Louis Kuffer

LA FéECHRONIQUES


Sur « La Fée valse » de Jean-Louis Kuffer


   On ouvre le livre, on lit quelques pages, et tout de suite naît cette impression qu’à chacune d’elles les mots sont essentiellement là pour prendre tout leur bonheur, sous une multiplicité d’éclats. Et tout aussi vite l’on se dit « Mais qu’est-ce que c’est ? De quoi s’agit-il ? A quoi a-t-on affaire ici ? ». D’entrée de jeu (littéralement, car les mot sont bien là pour jouer), on éprouve ce plaisir si particulier d’entrer en déroute. Si La Fée valse est composé de plus d’une centaine de textes, la quasi totalité parvient à se tenir sur une seule page, comme si cette seule et unique page leur suffisait comme place de jeu. Comme si cet espace relativement réduit, à ne pas dépasser (par quelques imaginaires contraintes oulipiennes), justifiait et servait d’autant mieux leur profusion et leur éclatement.

   A quel genre ce livre appartient-il ? Est-ce de la prose poétique ? De petits textes en prose ? Plus intrigant encore : où donc Jean-Louis Kuffer trouve-t-il ses sujets, ses motifs ? – car tous relèvent du jamais vu, le lecteur s’en avise très vite. Oui, où les trouve-t-il, cet écrivain-là ? Impossible à dire justement (sinon adieu la féerie vers laquelle pointe déjà le titre de l’ouvrage) tant la trame elle-même du recueil repose sur l’exigence d’une surprise, toute fraîche et toute neuve en ses mouvements, dans laquelle croquer – chaque fragment possédant sa saveur propre. « Maudite fantaisie ! », s’écrient d’ailleurs certains (dans le morceau intitulé Petit Nobel). La fantaisie ? « L’ennemi à abattre », poursuivent-ils. Tant pis pour ces mauvais esprits, bataille perdue : ce n’est certes pas dans La Fée valse que pareil assassinat se laissera commettre. Ici la fantaisie n’est pas à renverser, elle est reine.
  
   Bref, voilà un livre selon mon goût. Car aujourd’hui – et c’est l’un de mes désespoirs –, la situation de la littérature est telle que j’aime que l’on ne puisse rattacher une œuvre à aucun genre bien défini. Je suis contre les genres (même si je lis parfois des romans par un banal souci de distraction comme je regarderais une série télévisée, ce qui n’a rien à voir avec la littérature). S’écarter des genres établis, ne serait-ce pas encore la meilleure façon de ne pas reproduire les schèmes et formes convenues du passé, que perpétue le 90% des livres empilés sur les tables de libraires ? Mieux ! On fait d’une pierre deux coups : non seulement on s’écarte des chemins rebattus, mais le moyen est aussi idéal pour laisser libre cours à l’esprit d’invention. Voilà donc ce qu’on peut d’emblée poser à propos de La Fée valse : ce livre est de ceux qui appartiennent à une essence différente, comme disent les botanistes.

   « Qu’est-ce que c’est ? » Essayons tout de même d’aller un peu plus loin dans cette question. Jean-Louis Kuffer (ou son narrateur) nous en fait l’aveu page 90 : « Quand j’étais môme, je voyais le monde comme ça : j’avais cassé le vitrail de la chapelle avec ma fronde et j’ai ramassé et recollé les morceaux comme ça, tout à fait comme ça, j’te dis, et c’est comme ça, depuis ce temps-là, que je le vois, le monde. » Qu’importe évidemment si la péripétie est véridique ou non. Ce qu’il vaut en revanche de noter, c’est ceci : tout l’art de Kuffer, en tant qu’écrivain, relève exactement du même genre d’entreprise.

   Ce vitrail cassé d’un coup de fronde et dont on recolle les morceaux, c’est exactement le même vitrail qu’ambitionne d’être La Fée valse (en quoi le livre est bien à sa place dans la nouvelle et très belle collection « métaphores » créée aux éditions de L’Aire). Le livre de Kuffer est ainsi fait de morceaux, et l’on peut dire à son propos ce que dit l’un des textes à propos des tableaux de Munch : « Les couleurs ne sont jamais attendues et classables, chaque cri retentit avec la sienne …»

   Voilà. La Fée valse tient du vitrail brisé et recomposé. C’est un ensemble de morceaux. Et qui dit ensemble dit aussi exigence d’harmonie. Une exigence qui, notons-le au passage, nous vient du fond des âges et des traditions. Dans le judaisme par exemple, la kabbale n’a pas d’autre fonction : à dessein, Dieu a brisé sa création comme il l’aurait fait d’un vase, et c’est à l’homme de recoller les morceaux, de recréer le monde. C’est aussi le travail de l’artiste véritable. Ecrivain, sculpteur, compositeur, peintre… Rien d’un hasard si La Fée valse fait parfois référence à quelques-uns des peintres préférés de l’auteur (Kuffer ne pratique-t-il pas l’art de l’aquarelle, du moins si j’ai bien compris ?). Surviennent donc ici et là les noms de Munch, Soutter, Valloton, Rouault, Van Gogh, Soutine… Ce qui confirme notre sentiment : La Fée valse est bien une histoire d’œil, un recueil composé de regards éclatés – mais pas seulement éclatés, répétons-le, puisque leur fonction est de recomposer le réel autrement, d’une façon d’autant plus lumineuse (la lumière du vitrail) qu’elle est poïétique.

   On ne recompose pas non plus un vitrail sans que cela tienne de la quête. Et la quête, d’ordre fantasmagorique, est bien présente dans ce livre : ce peut être par exemple celle de la bague d’or de notre enfance, à propos de laquelle le narrateur (l’un des narrateurs car il faut y insister, La Fée valse tient dans un bouquet de voix) déclare : « Je n’ai pas fini de lui courir après… », avec cette conséquence qui laisse toute sa place aux jeux de l’amour et du hasard : «… au jeu de la bague d’or, déjà, ce n’était jamais celle que je voulais à laquelle il fallait que je me prenne un baiser-vous-l’aurez. »  Ce livre se donne comme une poursuite. Et une poursuite joueuse, le jeu avec la langue n’étant pas l’un des moindres plaisirs qui soit ici délivré au lecteur.

   S’il fallait trouver un dénominateur commun à ces morceaux, on dira que le principal est précisément celui-ci : le jeu avec la langue, charnelle, vivante, orale, riche de tours et d’expressions, enracinée aussi dans son propre passé, langue française vieille d’un millénaire, et pourtant toujours à se chercher, à se réinventer au travers de quelque trouvaille (Kuffer est très à l’écoute de la langue qui se parle aujourd’hui). On peut gager que l’ouvrage se prête très bien à la lecture en public.

   Car c’est un bouquet de voix, il faut y insister : La Fée valse ne se contente pas de mettre en scène un seul narrateur. Non ! Multiples sont les voix qui se font ici entendre : les narrateurs sont plusieurs, tantôt masculins, tantôt féminins, tantôt singuliers, tantôt pluriels. Ce peut être « Je » mais ce peut aussi être « On », « Il », « Vous », « Nous » ou « Moi ». Qui parle ? (L’oralité tient une grande place dans ce livre). Eh bien, c’est la langue elle-même, dans sa diversité.

   Une langue qui jamais ne se laisse prendre au piège d’une fermeture sur soi qui la figerait, mais qui se veut toujours en mouvement, autant qu’il est possible, à force d’explorations et d’inventivité. Ce qu’on sent là, c’est un goût de la faire fuser en expressions diverses, en tours de phrases surprenants… Reprenons la métaphore : c’est comme si l’écrivain s’amusait, page après page, à composer un bouquet à partir de fleurs choisies (les mots) dont tirer des assemblages neufs, originaux, frais, déconcertants.

   On ne s’étonnera donc pas, comme il est normal devant un bouquet, que le plaisir soit non seulement verbal, musical, mais aussi visuel. Si bien que l’on va de page en page un peu comme on avancerait dans une riche galerie d’art, s’arrêtant et s’attardant devant chaque tableau pour le laisser infuser et pénétrer pleinement en soi. Que les amateurs de lectures rapides passent leur chemin !

   Pour en revenir un instant à la question du genre : a-t-on jamais vu de la satire sociale dans la prose poétique (moi jamais, mais je ne sais pas tout) ? J’y vois une preuve de plus que La Fée valse s’écarte de ce genre-là, car de la satire sociale, il y a en bien, ici ! Ainsi lorsque, en ironiques Majuscules, il est question d’un tout jeune nouveau comptable du Service Contentieux de l’Entreprise. Ou de la personne préposée aux Ressources Humaines (curieuse expression qu’on n’entendait jamais dans les années 60). Le livre de Kuffer ne manque pas de moquer ainsi, par un effet de contraste, toute la distance qui sépare le monde de l’art de celui dont une certaine novlangue nous fait vainement miroiter les facettes, en dépit de son grand Vide. Passons.

   Il y a un dernier point : La Fée valse se garde d’être explicite (où serait le mystère ? quel espace serait encore réservé à la fantaisie ?). Non, ces morceaux de féerie précisément ne visent pas à épuiser ce que la langue peut dire : en tout, le livre préserve la part de l’imaginaire, et finalement de l’incompréhensible. L’auteur sait très bien cela : pas plus que le fameux « Traité uniquement réservés aux fous » du Loup des steppes de Hermann Hesse ne s’adresse à tous (Hesse a soin de nous en prévenir), La Fée valse ne se laisse saisir par ce qu’il est convenu d’appeler le « lectorat », sorte d’entité vague composées d’amateurs de lectures faciles, digestibles à souhait, fourguées comme des plats prépréparés pour le plus grand nombre possible.
   Non, La Fée valse, on l’aura compris, est à placer au rayon des livres rares.

                                        Jean-François DUVAL

   * Jean-Louis Kuffer, La Fée valse, éd. de L’Aire. Troisième titre paru dans la nouvelle collection « métaphores ». (Le livre y est un bel objet, idéal en soi, s’offrant comme un cadeau à faire aux autres ou à soi-même).


lundi 5 juin 2017

Jean-François Duval dans «Le Temps»

Bel article de Jean-Bernard Vuillème sur mon nouveau livre «Bref aperçu des âges de la vie» dans les pages littéraires du quotidien suisse « Le Temps » :



samedi 20 mai 2017

Excellent papier !


Mon « BREF APERÇU DES ÂGES DE LA VIE » (Michalon, mai 2017) fait l'objet d'un excellent papier de Jean-Michel Olivier (prix Interallié 2010 pour son roman «L'Amour nègre») qu'il publie sur son blog littéraire http://jmolivier.blog.tdg.ch 
On peut le lire ci-dessous :
(Je n'apporterai qu'une seule précision pour éviter toute ambiguïté : certes né dans la ville de Calvin (où ma famille a filé en 1555, s'exilant de Rouen et de la France à l'époque du Premier Refuge), je ne porte du protestantisme que l'étiquette... Chacun de nous, selon moi, ne formant rien de plus qu'une «boule de croyances» (ce qui est dit et réaffirmé dans «Bref aperçu des âges de la vie»).
J.-F. Duval. D.R.


La route et le jardin (Jean-François Duval)

par Jean-Michel Olivier

   Il y a plus de trente ans que Jean-François Duval (né à Genève en 1947) est sur la route. La route accidentée et fraternelle de Kerouac, sur qui il a beaucoup écrit. La route de Bukowski, également, qu'il a longtemps fréquenté. Il fait partie de la génération des Beats pour qui le monde est un jardin toujours à découvrir, toujours à explorer. 
   Cette route et ce jardin, on les retrouve dans le dernier livre de Jean-François Duval, Bref aperçu des âges de la vie*, qui est à la fois une philosophie de la sagesse (un pléonasme ?) et une leçon de vie. Ce n'est pas un hasard, d'ailleurs, si le récit de Duval est préfacé par le philosophe Alexandre Jollien, qui trouve dans l'auteur un complice et un frère en pérégrinations.
   Quelle route et quel jardin ? 
   Bien qu'il s'y réfère rarement, Duval, en bon écrivain protestant, est marqué dans sa chair par les paraboles bibliques. La vie est un chemin, dit l'Évangile, une route même, et Duval l'a arpentée dans tous les sens.
   Arrivé près du terme du voyage, il se retourne, jette un regard rétrospectif (et amusé) sur sa vie et essaie de comprendre chacune des étapes de son parcours. Il passe ainsi au crible les âges de la vie, de l'enfance impatiente (l'enfant passe son temps à courir, puis on lui ordonne de s'asseoir !), à l'âge d'exister (où se posent les grandes questions de l'identité et de notre place dans le monde), jusqu'à cette interrogation finale et essentielle : comment mourir ?
   Dans une suite de textes brefs et intenses, qui montrent l'étendue de sa palette (journalistique et philosophique), Duval nous livre beaucoup de lui-même. Bien sûr, en le lisant, on pense à Sénèque (De la brièveté de la vie), à Montaigne, à Amiel, mais Duval y ajoute constamment son grain de sel et fait de son récit une sorte de guide de voyage qui aide à affronter le tragique de l'existence. Chacun va son chemin, mais le chemin de chacun est unique. Celui de Duval est fait de rencontres, de surprises (bonnes et mauvaises), de voyages, de lectures, de découvertes, de réflexions sur la condition de l'homme — ce passant égaré sur la terre.
   Et le jardin ? 
   Il y en a plusieurs dans le livre de Duval. Ils sont tous merveilleux et évoquent avec beaucoup de poésie la dernière escale, juste avant (ou juste après) le grand saut. C'est là que l'écrivain, certaines nuits, retrouve en rêve le fantôme de son père, à qui il a l'impression d'« avoir tout dit » (mais a-t-on jamais tout dit à son père ?) C'est aussi la nature où s'ébroue son chien, rendu fou par les premiers rayons de soleil du printemps. C'est le fantasme d'être réincarné en écureuil, en crocodile ou en serpent (version zen). C'est enfin le jardin, pas forcément paradisiaque, qui attend l'écrivain (et chacun de ses lecteurs) dans l'après-vie, une fois arrivé au bout de la route. 
   Le récit de Duval s'achève sur l'évocation d'un clochard rencontré à Genève (frère des clochards sublimes de Bukowski) qui a élu domicile dans une cabane à la lisière d'un bois. Quand l'écrivain veut le revoir, catastrophe : la cabane est partie en cendres. Et son locataire est au paradis des clochards. Sans doute dans un jardin plus vaste où il n'a pas à quémander sa nourriture pour survivre…
   Le narrateur poursuit sa promenade : il n'est pas encore arrivé au terme du voyage.
                                                                       
* Jean-François Duval, Bref aperçu des âges de la vie, récit, Michalon, 2017.





mardi 9 mai 2017

Jean-François Duval avec Marie Céhère

   Qui ne voudrait se voir consacrer un article par Marie Céhère ? Mon nouveau livre, Bref aperçu des âges de la vie, a ce joli privilège. Photo : l’auteur avec la chroniqueuse de Causeur.




 La jeunesse, l’âge adulte, la vieillesse – voire, la mort. Tel est le découpage du nouvel essai de Jean-François Duval, genevois, pape européen de la Beat Generation, interviewer de Bukowski et des autres, et éminent amateur de pommes de terre frites, Bref aperçu des âges de la vie. Je croyais ne rien apprendre. J’y ai découvert ce que je n’attendais pas.

   1. Qu’il vaut mieux dire la fin des choses avec poésie que sans poésie, ou ne pas la dire du tout. Il en va ainsi de l’expression « prendre sa retraite », qui évoque à tort un épisode douloureux de la campagne de Russie, et que l’on devrait rebaptiser « prendre le large », « larguer les amarres » ou encore « envoyer balader la bande d’abrutis avec laquelle je ne partagerai plus la pause café ».
  
   La première chose dont Jean-François Duval acte la fin, la fin définitive, c’est cette période magique de la petite enfance où nous ne pouvons nous déplacer autrement qu’en courant – et en chutant avec panache. Lorsque nous adoptons le pas lent des grandes personnes, c’en est fini. Nous sommes bons pour ne plus courir qu’après les bus et les années.

   2. Que l’indépendance est d’abord un goût : framboise, pistache, noisette, citron, dans un cône glacé. Godard affirme que les deux âges les plus réels de la vie sont la jeunesse et la vieillesse. Le reste est superficiel, du temps pressé comme un agrume, gâché.

   3. Que nous sommes les semblables des saumons, tout en nous ignorant les uns les autres : nous évoluons par mutations, par ruptures successives, suivant un trajet étrange, incroyablement ardu, pour revenir au point de départ. En y faisant bien attention, il n’est même pas nécessaire de mourir pour se réincarner.

    4. Qu’on ne cesse jamais de faire de l’auto-stop, même si l’époque en est révolue, même si l’on n’en a aucune envie. L’auteur s’y est essayé, la soixantaine passée : « J’avais autant de chance qu’une jeune fille en mini short. » Peut-être même plus, parce qu’il est ressorti vivant du charitable véhicule. L’auto-stop, si l’on a de la chance, fait battre le cœur aussi fort que lors d’un slow avec un(e) inconnu(e).

    5. Que les chiens ont toujours quelque chose de passionnant à nous apprendre. « Ce qui justifie l’âge adulte, c’est l’esprit d’entreprise ». En l’occurrence, Duval entreprend d’enseigner le français à son chien, pour lui expliquer qu’il n’y a rien à craindre du tonnerre et qu’il faut être poli avec les chats. D’ailleurs, si l’on veut savoir vraiment comment on se porte, il suffit de se demander, avant de s’endormir, si l’on a vraiment hâte d’être au lendemain. D’ouvrir le journal comme le chien renifle la pelouse encore humide de rosée. Bref, si l’on a hâte de mourir. Une attitude très saine.

    6. Que « le vertige est ce qu’il y a de plus assuré ». Dans la vie comme dans la pratique de l’escalade.

    7. Qu’avoir honte de son attachement aux objets, si celui-ci persiste au-delà de l’âge de quatre ans, est une idée aussi démodée que la philosophie de Sartre.

    8. Que piloter une tondeuse ou manier un sécateur électrique n’a aucun rapport avec l’injonction voltairienne de cultiver son jardin.

    9. Que lorsqu’un œuf nous échappe des mains, il est beaucoup plus rassurant de le voir s’écraser au sol que rebondir sous son nez. Les faits, en général, même s’ils nous obligent à passer la serpillère, sont irremplaçables.

   10. Que le Madison ne s’est jamais démodé, et ne se démodera jamais. Il est déjà trop vieux pour ça.

   11. Que « la mémoire est un plat de spaghettis à démêler tôt et à consommer chaud », d’où l’importance de connaître et reconnaître comme tel le « meilleur chanteur italien de tous les temps », Peppino di Capri.

    12. Que les filles au teint de pêche sont une espèce en voie de disparition, dévorées par les filles au teint de peche, de peiche, de paiche, etc.

    13. Un avantage de la vieillesse : ne pas envier Alain Delon, ni personne d’autre, lorsqu’il déclare dans les journaux « j’ai tout eu » : on peut toujours lui rétorquer « moi, j’ai tout été ».

   14. Que le fin mot de l’histoire nous revient toujours. Mais qu’être réincarné en écureuil peut être une perspective réjouissante.

   15. Que ce Bref aperçu contient plus de sagesse et de drôlerie que bien des livres et des discours se voulant sages et drôles.

Marie Céhère


Jean-François Duval, Bref aperçu des âges de la vie. Paris, Michalon, 238 pages. En librairie.