mercredi 12 avril 2017

Alexandre Jollien sur mon «Bref aperçu des âges de la vie»


Mon nouveau livre



« BREF APERÇU DES ÂGES DE LA VIE »EST EN LIBRAIRIE DES LE 10 AVRIL 2017

Rien, absolument rien n'empêche de courir l'acheter ou de le commander sur le Net.

Voici ce qu'en dit l'ami Jollien (extrait de sa préface)  : 





jeudi 30 mars 2017

Bukowski poète, les jumeaux

les jumeaux

il lançait par moments l’allusion que j’étais un bâtard et je lui disais d’écouter
Brahms, je lui disais d’apprendre à peindre et à boire et à ne pas être
dominé par les femmes et les dollars.
mais il me criait, Bon Dieu de Bon Dieu rappelle-toi ta mère,
rappelle-toi ton pays,
tu nous tueras tous !...

je me déplace dans la maison de mon père (pour laquelle il devait 8000 dollars après 20 ans dans le même boulot) et regarde ses chaussures mortes
la façon dont ses pieds bosselaient le cuir, comme s’il plantait des roses avec colère, ce qu’il faisait, et je regarde sa cigarette éteinte, sa dernière cigarette
et le dernier lit où il a dormi cette nuit-là, je sens que je devrais le retaper
mais j’peux pas, car un père est toujours votre maître même quand il a disparu ; je suppose que ces choses-là sont arrivées des tas de fois mais j’peux pas m’empêcher de penser

                          que mourir sur le sol d’une cuisine à 7 heures du matin
                          pendant que d’autres gens se font frire des œufs
                          n’est pas si dur
                          sauf si ça vous arrive.

je sors et cueille une orange dont je pèle l’écorce brillante ; les choses sont encore vivantes : l’herbe pousse assez bien,
le soleil darde ses rayons qu’encercle un satellite russe,
un chien aboie dans le vide quelque part, les voisins épient derrière les stores. Je suis un étranger ici, et en ai été (je suppose) un peu la fripouille
je ne doute pas qu’il m’ait peint assez bien (le vieux et moi on se battait comme des pumas) on dit qu’il a tout laissé à une femme à Duarte mais je m’en fiche complètement – elle peut tout garder : c’était mon
vieux.

                  et il est mort.

à l’intérieur, j’essaie un costume bleu clair
bien mieux que tous ceux que j’aie jamais portés
puis je bats des bras comme un épouvantail en plein vent
mais peine perdue :
je ne peux pas le maintenir en vie
malgré le degré de haine qu’on avait l’un pour l’autre.

on se ressemblait comme deux gouttes d’eau, on aurait pu être jumeaux
le vieux et moi : c’est ce que tout le monde
disait. il avait ses bulbes sur le tamis
prêts à être plantés
pendant que j’étais couché avec une pute de la 3ème rue.

très bien. accordez nous cet instant : planté devant une glace
dans le costume de mon père mort
attendant moi aussi
de mourir.

Copyright Yves Sarda pour la traduction française


lundi 20 février 2017

Bukowski poète, petit poème

petit poème


petit soleil petite lune petit chien
petit peu à manger petit peu à aimer
petit peu à vivre

dans une petite pièce
remplie de petites
souris
qui rongent et dansent et courent quand je dors
attendant une petite mort
au milieu d’un petit matin

dans une petite ville
dans un petit état
ma petite mère morte
mon petit père mort
dans un petit cimetière quelque part.

je n’ai qu’un
petit peu de temps
pour vous dire ceci :

attention à
la petite mort quand elle arrive en courant

mais comme tous les milliards de petites morts
elle signifiera en fin de compte tout et rien

toutes vos petites larmes brûlant comme la colombe,
en vain.

*

la vraie
solitude
ne se
limite pas
nécessairement à
quand
on est
seul.


Copyright Yves Sarda pour la traduction française 

samedi 4 février 2017

Bukowski poète, comme un dauphin

comme un dauphin

mourir a ses aspérités.
aucune échappatoire maintenant.
le gardien m’a à l’œil.
au mauvais œil.
je purge vraiment ma peine maintenant.
à l’isolement.
sous les verrous.
je ne suis ni le premier ni le dernier.
je vous raconte juste comment c’est.
je suis assis dans ma propre ombre maintenant.
le visage des autres devient vague.
on joue encore de vieilles chansons.
le menton dans la main je ne rêve à
rien tandis que mon enfance perdue
saute comme un dauphin
dans la mer gelée.

© Yves Sarda pour la traduction française 


mercredi 1 février 2017

Bukowski poète, comment sont les choses

comment sont les choses

d’abord on essaie de vous briser par une pauvreté
écrasante
ensuite on essaie de vous briser par une célébrité
creuse.

si vous n’êtes brisé
par aucune des deux
il y a alors des méthodes naturelles
comme les maladies habituelles
suivies d’une mort
malvenue.

mais la plupart d’entre nous sont brisés bien avant
ça
comme c’est étudié
pour

via tremblement de terre
inondation
famine
rage
suicide
désespoir

ou simplement

en se brûlant
gravement le nez

en allumant une cigarette.

Copyright Yves Sarda pour la traduction française

lundi 30 janvier 2017

Bukowski poète, Le Bouddha Chinaski dit

le Bouddha Chinaski dit

quelquefois
il faut reculer
d’un pas ou
deux,
battre en
retraite

prendre
un mois de
congé

ne rien
faire
n’avoir envie
de
ne rien faire

la paix est
primordiale
le tempo est
primordial

tout ce dont
on a envie
on ne l’obtiendra
pas
en essayant trop
dur.

prenez
dix ans
de congé

vous serez
plus
fort

prenez
vingt ans
de congé

vous serez
beaucoup plus
fort.

il n’y a rien à
gagner
de toute façon

et
rappelez-vous
la seconde meilleure chose
au monde
c’est
une bonne nuit de
sommeil

et
la meilleure
une mort
douce.

en attendant
payez votre facture de
gaz
si vous le pouvez
et
évitez de vous
disputer avec votre
femme.


Copyright Yves Sarda pour la traduction française